mardi 18 septembre 2012

Soumaïla Cissé: "La menace terroriste et islamiste au Mali interpelle les pays voisins  »

Soumaïla Cissé sur «la Voix de l’Amérique» en marge de la récente convention démocrate aux USA:  » La menace terroriste et islamiste au Mali interpelle les pays voisins  » - maliweb.net

18 septembre 2012
En marge de la récente convention démocrate tenue à Charlotte en Caroline du Nord, le parrain de l’Union pour la République et la démocratie (URD) Soumaïla Cissé, candidat déclaré de ce parti à l’élection présidentielle avortée d’avril 2012 s’est confié à nos confrères de  » la Voix de l’Amérique « . Le débat politique aux USA, l’invasion des groupes terroristes  et islamistes au Nord  du Mali, les revendications identitaires, l’efficacité de l’intervention de la CEDEAO,  la gouvernance politique après le coup d’Etat du 22 mars 2012 sont, entre autres, des questions sur lesquelles Soumaïla Cissé s’est prononcé. Pour le leader de l’URD, la menace terroriste et islamiste est tellement forte au Mali que la sous-région et même la communauté internationale sont interpellées.

Vous êtes ici à Charlotte dans le cadre de la convention démocrate, quel est votre sentiment concernant ce système politique américain qui est l’un des exemples dans le monde ?
Oui, ce système politique américain, j’en attends parler, mais je pense que je le découvre réellement depuis que je suis là. J’ai été très honoré de participer à cette convention ; j’ai découvert un certain nombre de caractéristiques qui sont certainement uniques en Amérique.

Bien sûr, je savais déjà que les deux camps pouvaient s’attaquer un peu gentiment, un peu violemment mais que ceci est la règle du jeu. J’ai été particulièrement surpris de voir à quel point l’autre camp participe à la convention…C’est la convention démocrate mais il y a une Beaucoup de participation du côté républicain. Les gens très honnêtes sur les positions. On reconnaît les faiblesses d’un côté ou de l’autre, les bons points d’un côté et les mauvais de l’autre… Des sujets qui paraissent vraiment d’ordres nationaux la grande organisation de la fête, beaucoup d’interventions, les débats, le rôle important des différents acteurs…

Concernant la situation au Mali, le président Dioncounda Traoré a adressé une demande officielle à la CEDEAO pour une intervention militaire; qu’en pensez-vous ?

Moi, personnellement, j’en suis heureux parce que c’est quelque chose que j’ai toujours revendiqué. Dès les premiers jours du coup d’Etat,  et que la situation s’est envenimée dans le nord, j’ai toujours dit qu’il fallait une intervention des pays amis ; parce que le problème du Mali dépasse  le Mali tout seul aujourd’hui et les aspects liés au terrorisme, aux invasions, aux groupes islamistes sont des problèmes qui peuvent toucher l’ensemble de la sous-région. Il est évident que vu les traumatismes que notre armée elle-même a subis, vu les difficultés de se réorganiser, vu la gouvernance qui est en train de s’installer parfois difficilement à Bamako, il est évident aujourd’hui que cette demande est très heureuse ; je la soutiens et j’espère surtout que la CEDEAO pourra agir le plus rapidement possible.

Certains ont des doutes concernant cette force d’intervention, puisque les islamistes qui contrôlent la grande majorité du territoire sont très bien armés, depuis le conflit libyen notamment; les armée africaines parfois un peu moins ; pensez-vous qu’elle sera efficace ?

Je crois qu’elle sera efficace. Vous savez, le combat ce n’est pas que les armements. Il faut de la volonté, il faut de l’organisation, il faut de la logistique et je pense que les Maliens eux-mêmes savent et sont déterminés à défendre le territoire. Je pense que la menace est tellement forte qu’aucun sacrifice n’est de trop pour faire face à cette situation.

Sinon, c’est un pays divisé en deux et peut-être en trois, quatre ou cinq demain. Puisqu’en fait, ces groupes ne sont pas aussi homogènes. Ceux qui sont à Kidal ne sont pas exactement  ceux qui sont à Gao ou Tombouctou. Et l’autre menace, c’est vraiment des pratiques d’un autre genre, du moyen-âge même peut-être  d’avant qui vont s’appliquer, qui ne vont pas s’appliquer qu’au Mali mais dans tous les pays voisins, je pense au Niger, au Burkina, à la Mauritanie, au Sénégal, etc.

Je crois que la menace est tellement forte que ça interpelle les pays voisins, ça interpelle la communauté internationale. Donc, quel que soit l’armement, je crois qu’il faut faire face à la situation, il faut se faire aider, il faut se battre parce qu’on ne peut pas tolérer une situation comme celle-ci.

Phénomène nouveau, cette crise a révélé parfois certaines fissures. On commence à entendre des revendications ou des discours ethniques. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que ce n’est pas quelque chose qu’il faut encourager. C’est vrai que quand il y a des difficultés, il y a de petits replis sur soi, mais le Mali est un vieux pays, un vieux pays de consensus qui est né d’un brassage extraordinaire poussé depuis l’empire du Ghana jusqu’au petit royaume de l’ère coloniale. Je crois qu’il y a un brassage ethnique extraordinaire dans ce pays qui fait qu’on ne sait plus qui est exactement Bambara, qui est exactement Sonraï ou Peulh.

Nous sommes tous tellement métissés qu’il est évident que ce n’est pas quelque chose qui peut aller de l’avant. Je crois que ce sont des voies qu’il ne  faut pas emprunter ; ce sont des voies qu’il faut décourager. S’il y a une nation en Afrique, je crois que le Mali est une nation qu’il faut consolider.

Six mois après le coup d’Etat le 22 mars, le président par intérim, Dioncounda Traoré est aux affaires à Bamako mais certains estiment que son pouvoir est toujours affaibli malgré la recomposition du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’aujourd’hui, le président Dioncounda, c’est vrai qu’il était malade ; il resté deux mois en France. Il vient d’arriver ça fait moins d’un mois. Donnons-lui  le temps, donnons du temps au gouvernement de travailler. Permettons-lui d’affirmer son leadership. En prenant déjà cette décision vis-à-vis de la CEDEAO, je crois que ça fait partie d’un des grands objectifs qu’on attendait qu’on avait assignés à ce gouvernement : la libération du nord, la préparation des élections.

Bien sûr, c’est les deux grandes priorités. Il y aura en plus de ça peut-être la vie courante. Aujourd’hui, on a  des inondations, on a le choléra, la rentrée scolaire, la vie est un peu chère. Je crois que tout ça, il va s’en accommoder petit à petit. Son leadership va s’affirmer aussi dans la sécurité qui va revenir effectivement à Bamako et dans les environs. Je crois qu’il faut lui permettre d’asseoir son leadership.

Est-ce  que cette crise politique au Mali ne révèle pas les carences de la classe politique malienne de l’après-ATT qui a été mal préparée? Qu’en pensez-vous ?

Vous savez, quand il y a une crise, on indexe toujours quelqu’un. Je me rappelle que quand il y a  eu le coup d’Etat au Niger avec Barré on a indexé la classe politique nigérienne. Quand il y a eu le coup d’Etat avec Salou Djibo, on a encore réindexé la classe politique nigérienne. Aujourd’hui, on s’est rendu compte que sans la classe politique on ne peut pas aller de l’avant.

On a des difficultés partout. C’est évident. Je pense que la classe politique est incontournable. On ne pourra pas faire la politique sans la classe politique. Tous ceux qui rêvent d’autres schémas, je crois qu’ils se trompent. Ils vont dans le mur. Il y a une période de dépression actuelle; les militaires ont pris le pouvoir. Ce n’est pas parce que la classe politique a vraiment failli. Il y a des difficultés réelles : il y a la crise au nord qui est là ; sinon la classe politique était organisée pour passer à des élections normales. Les gens étaient en train d’affûter leurs armes pour compétir de façon loyale. Je crois que ça, on ne peut pas le reprocher à la classe politique.

Maintenant, la démocratie, c’est quelque chose qui se construit et s’affirme chaque jour davantage. Ce n’est pas quelque chose qu’on prend et qu’on jette. Je crois qu’aujourd’hui, c’est trop facile de dire que c’est la faute à la classe politique et alors… Non, il faut déterminer les tares, il voir les difficultés, il faut poser les problèmes, il faut se réorganiser en conséquence et faire face aux nouveaux défis qu’il y a aujourd’hui. Je pense que la classe politique en est certainement consciente  et chaque parti va revoir ses dispositifs, revoir ce qui n’a pas marché et  ensemble on se retrouvera pour reconstruire le pays comme cela se doit.

                             BDS

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